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    May 27

    RENCONTRES ET PROJETS INTERNATIONAUX, QU'EST-CE QUI CHANGE ?

    Compte-rendu (Atelier 10) des Journées de rencontres des acteurs des politiques et de l'action éducative organisées par les CEMEA d'Ile de France les 30 et 31 Mars  2006 à Ivry sur Seine.
     
     
     

    RENCONTRES ET PROJETS INTERNATIONAUX,

    QU’EST-CE QUI CHANGE ?

    Vendredi 30 Mars 2006

     

    (par Peter Kpodzro, Tony Triollet, Matthieu Friren)

     

     

    Introduction

    L’approche de l’action sociale sur la conduite des projets internationaux amène à travailler de nouvelles pistes. Celles-ci prennent en compte la nécessité d’une grande vigilance dans l’action. Cette approche fait appel à des notions aussi complexes que l’interculturel, l’enjeu du levier éducatif qui en est le corollaire, et les dispositifs politiques qui les soutiennent dans leur réalisation. Ces éléments primordiaux vont interroger l’animateur social dans son rôle d’accompagnement des projets élaborés par les jeunes.

     

    A partir des projets de 3 structures sociales, nous soulèverons quelques idées qui dénotent la complexité des échanges internationaux.

     

    1er cas : L’association « les Bergers sur scène ».

    Un projet d’échange culturel, construit et mené par des jeunes d’Ivry sur Seine autour du théâtre pour aller à la rencontre d’autres jeunes du Mali et de Cuba. Ce projet confirme la nécessité d’un travail d’accompagnement préalable et révèle également les barrières que les jeunes doivent surmonter pour réaliser leurs projets.

     

    2ème cas : Action de solidarité de la Ville de Nanterre avec les enfants sahraouis de Tindouf.

    Ce projet nous interroge sur le poids de la barrière linguistique et des considérations politico-culturelles dont il faut tenir compte pour réaliser les projets, afin d’éviter de tomber dans l’assistanat « humanitaire ».

     

    3ème cas : Les échanges européens des jeunes de Gennevilliers avec les Pays-Bas, le Portugal et l’Allemagne.

    Ces expériences nous interpellent sur la place de l’interculturel dans la construction identitaire des jeunes issus des quartiers populaires et soulèvent de ce fait la question de l’altérité.

     

     

    L’ INTERCULTUREL

     

    Le terme « Choc des cultures » peut paraître un peu exagéré. Pourtant, pour un jeune, surtout issu de l’immigration, l’échange international se retrouve être une épreuve difficile à surmonter d’un point de vue identitaire. Sa représentation ambiguë de l’étranger amène une réévaluation de son identité : 

    l’étranger « viole » son moi, c’est à dire  que les différences culturelles telles que le rapport à la nudité, et la proxémique, altèrent sa propre représentation des normes subjectives à sa culture. La confrontation des valeurs montre toute la fébrilité des normes existantes et entraine une remise en question des jeunes.

    L’ étranger attire, car ses valeurs permettent aux jeunes de faire leur autocritique et de combler  certains manques: ces nouvelles informations modèlent leur vision  et leur permettent d’acquérir une forme d’altérité intelligente, cassant les frontières des valeurs castratrices de l’Etat.

    L’ identité plurielle d’un français d’origine étrangère n’empêche pas de mettre en avant son identité française : il a été constaté que sur la question de la laïcité, des jeunes français d’origine étrangère, pourtant assez réticents sur la position du gouvernement français, se retrouvaient être les défenseurs de cette valeur nationale à l’étranger. Pourtant en France, l’identité dominante apparait souvent discriminante, voire assimilante au modèle national.

    Alors qu'une vision plurielle peut se retrouver être une richesse, un jeune français d'origine étrangère le vit le plus souvent comme un handicap dans son processus d'intégration à la société. De ce fait, l'échange international est un élément pertinent à la construction de son identité interculturelle au niveau national. La participation à un projet international a un impact direct sur son engagement dans son lieu de vie de par l'expérience qu'elle procure.

     

    L’ENJEU DU LEVIER EDUCATIF

     

    La réalisation  d’un projet international par les jeunes doit les conduire  à  développer l’autonomie, la citoyenneté, la responsabilité et la tolérance. Pour cela, le travail de préparation (avant), d’accompagnement et de suivi (pendant) et d’évaluation (après) doit être élaboré avec le professionnel qui jouera le rôle de médiation, en cas de besoin, (par exemple, lors des entretiens avec les partenaires, participation des jeunes à tous les stades du projet, de l’ouverture avec l’extérieur) pour  dépasser les peurs toujours présentes dans leur construction identitaire, pour apprendre à vivre avec les autres et relativiser les haines entre les peuples.

     

    Le poids des mots  confirme bien la nécessité de passer les barrières de la langue, car il émane une traduction concrète de l' interaction entre la démarche d'apprentissage local vers le global (et vice-versa).Il importe de prendre en compte la difficulté linguistique pour créer le lien dans les pays d'accueil, soit avec les partenaires institutionnels locaux, soit avec les groupes de jeunes.

    D’autre part, il est difficile d’utiliser les termes adaptés dans les échanges , (par exemple, Solidarité, Humanitaire) qui ont été longtemps galvaudés et utilisés  dans une politique plus proche de l’assistanat que d’une réelle réciprocité. Il n’y a échange que si la construction artificielle des moments de rencontre est égalitaire.  

     

    La question de la mobilité des jeunes: l'enjeu des projets internationaux, et plus particulièrement européens, est de susciter chez les jeunes (surtout les filles) le désir de mobilité. Il existe une forte réticence à la mobilité dans les quartiers populaires. Ce phénomène ne se retrouve pas dans les milieux bourgeois où la culture de la mobilité est ancrée très tôt dans les habitudes.

    D'autre part, l'intérêt de ces projets est de passer d’une mobilité psychologique, qui anime souvent les jeunes des quartiers populaires (voyager pour se rapprocher de ses origines) à une mobilité plus constructive par la prise de risque et le dépassement des peurs  (peur de l’inconnu),  afin qu’ils deviennent de réels acteurs et un moteur pour d'autres. De ce fait, cette démarche aboutit à enrayer le processus  de  discrimination sociale (même droit, même possibilité).

    Quoi qu’il en soit,  l’expérience des rencontres et projets internationaux participe à l’apprentissage de la démocratie, en permettant aux jeunes d’acquérir une vision politique  et de relativiser les haines entre les peuples.

     

     

    LES DISPOSITIFS POLITIQUES EN QUESTION

     

    La complexité dans l’élaboration des dossiers  constitue un réel frein à la réalisation des projets internationaux . En effet,  les critères requis pour la recevabilité des dossiers sont tellement fastidieux qu’ils découragent plus d’un jeune et participe, de ce fait , à la sélection.

    Les sources de financement constituent un réel souci dans la réalisation des projets :

    Les collectivités territoriales (Conseil Général, Régional, communes), l’Etat,  l’OFAJE, insistent de plus en plus sur la notion de réciprocité dans la construction des projets internationaux et sur l’engagement citoyen des jeunes. Elles exigent que les partenaires soient identifiés et que le budget soit raisonnable.

     

    D’autre part, on constate une certaine frilosité de la part des politiques à s’engager. Des considérations purement électoralistes empêchent souvent les politiques à prendre une position claire à l’égard de certains projets, de peur de froisser  une partie de leur électorat.

     

    La tendance à penser que c’est suspect de prendre plaisir à voyager à l’extérieur, surtout pour les jeunes, explique la réticence des élus à accorder leur soutien franc aux projets des jeunes à l’international.

     

    LA FORCE DE L' EFFORT

    Qu'est-ce que c'est difficile de vivre de nos jours !
     
    C'est ce que nous entendons souvent dans les conversations avec les autres ( au travail, à l'école, en famille, à la télé...)
    C'est à croire que nous oublions trop souvent que les difficultés sont inhérentes à notre existence.
     
    L'autre jour, au détour d'une ballade dans Paris, je m'étais arrêté dans un bar pour prendre un verre et en profiter pour aller aux toilettes. Il faisait chaud. Je commande une bière et je me précipite au petit coin.
    Lorsque je reviens, un jeune homme accoudé au bar et finissant un café m'interpelle :
     
    - " C'est dur,  la vie, hein ? Je n'ai pas de travail, je n'ai pas de femme, je n'ai pas mes papiers, et je pense à mes parents qui sont au pays.J'aimerais beaucoup leur montrer qu'ils peuvent être fiers de moi."
     
    J'étais touché par cette spontanéité de ce jeune homme d'environ 28 ans, qui était là devant moi mais dont la pensée était vraiment loin, auprès de ses parents au Maroc.Toutes ces difficultés qui l'assaillent le rendent aveugles quant à la capacité qu'il peut déployer dans sa vie.
     
    - Vous savez, lui ai-je répondu, nous ne pouvons pas éviter les difficultés, car elles font partie de notre vie.C'est seulement lorsque nous ne baissons pas les bras devant elles, que nous décidons de leur faire face, de nous relever encore et encore, que nous vivrons la joie de les avoir dépassées. alors, continuez votre chemin sans jamais vous laisser vaincre par les difficultés.
     - Merci, je n'avais pas entendu quelqu'un me parler comme ça auparavant,m'a-t-il répondu. Je suis content de vous avoir rencontré.Je sais maintenant que je peux continuer à me battre et à me dire que tôt ou tard, mes parents pourront être fiers de moi.Je décide de gagner moi aussi.
     
    Ainsi va la vie. Nous avons envie de trouver le travail qui nous convient et dans lequel nous nous épanouirons, d'avoir la femme qui nous aime et qui nous comble de joie et de bonheur, de rencontrer des amis avec qui nous n'avons aucun problème, d'avoir des enfants sages et sans histoire qui sont toujours respectueux et qui ont de bonnes notes à l'école. Et quand cela ne se passe pas comme nous le voulons, nous en souffrons et en voulons généralement au monde entier.
    En réalité, ce qui nous fait souffrir , ce n'est pas la difficulté en elle-même, mais plutôt notre propre échec face à la difficulté, notre tendance à nous laisser dépasser par elle, à ne pas décider de faire tout pour ne pas se laisser abattre, à nous armer de courage et à redoubler d'effort dans notre combat quotidien.
    Seule la force de l'effort nous permet de vivre d'espoir, -espoir que nous avons une capacité inhérente à faire face à tout ce qui arrive dans notre vie, espoir que notre détermination inébranlable nous mène à la victoire contre l'adversité, comme "l'hiver finit toujours avec le printemps". Aussi nous devons considérer les difficultés,  non pas comme un frein  mais plutôt les nourritures de notre propre développement. Sans toutefois les rechercher, les difficultés, lorsqu'elles apparaissent,  doivent être pour nous l'occasion de mieux réfléchir sur notre attitude, sur notre démarche face aux événements auxquels nous sommes confrontés, de nous adapter s'il le faut aux nouvelles donnes, de savoir nous remettre en cause si nous considérons que cela en vaut la peine, de dépasser notre petit ego parfois porteur d'étroitesse d'esprit, de continuer à agir pour réaliser l'idéal que nous nous sommes fixés.
    Sans idéal, nous ne saurons parler de développemnt.